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est-ce nécessaire faire des études pour devenir comédien ?

Je vais répondre à cette question en faisant la comparaison avec la musique. Imaginez que vous voulez apprendre à jouer d’un instrument mais votre ambition c’est d’apprendre à jouer du sifflet. Dans ce cas il n’est pas nécessaire faire des études. Il suffit d’acheter votre sifflet souffler dedans et c’est tout. Vous pourrez néanmoins devenir connu et faire la une des magazines people mais vous resterez toute votre vie un joueur de sifflet quoi que vous fassiez dans votre vie professionnelle (c’est malheureusement le cas de beaucoup des comédiens et comédiennes aujourd’hui). Si votre ambition est de devenir artiste et d’apprendre à jouer du piano, violon, clarinette, chanter, etc… alors oui il faut faire des études longtemps et travailler très dur.

Si votre ambition c’est juste de jouer en tant que comédien/acteur à la TV des feuilletons ou séries ou des téléfilms de bas gamme même des films (des films que j’appelle domestiques) ou au théâtre des pièces de théâtre inconsistantes, sans substance alors là il ne faut pas faire trop d’études.

Vous avez aujourd’hui à votre disposition des nombreux lieux où l’on va vous proposer qu’il suffit d’être « vous-même » et de chuchoter un dialogue pour devenir acteur ou comédien…. Il y a comme dans n’importe quel domaine, la musique par exemple, les chansons de Patrick Sébastien qui marchent très bien mais il y a aussi Jean-Sébastien Bach ou Mozart, ou AC/DC…..

Si vous voulez devenir un comédien/ comédienne créatif et artistiquement ambitieux dans ce cas il faut étudier longtemps et travailler très dur : apprendre la technique vocale qui vous permettra d’exprimer toute votre palette émotionnelle (surtout la comédie), apprendre la technique du jeu théâtral et cinématographique pour que votre organisme soit capable d’incarner les différents personnages tout au long de votre carrière artistique.

Javier Cruz

Réflexion

Un de mes maîtres, le grand Carlos Gandolfo, me disait avec ironie, qu’il était loin le temps où les professeurs d’interprétation travaillaient avec leurs élèves d’une manière imprécise, sur des bases faibles, vieilles traditions et quelques conseils occasionnels.

Pendant le XIX siècle les sciences et les arts expérimentent en occident un essor considérable.

Dans l’art du chant, par exemple, Manuel García (1805-1906), à travers ses recherches scientifiques sur l’anatomie du larynx est à la base d’une considérable révolution dans l’enseignement du chant. Manuel García est encore aujourd’hui un référent mondial pour les chanteurs classiques ou de comédie musicale. Dans le domaine de l’interprétation il y a eu aussi un considérable essor. Stanislavsky (1863-1938), a été le créateur d’une méthode harmonique, organique, holistique et consciente pour comédiens et comédiennes, que constitue encore aujourd’hui une référence mondial pour les plus grands, sans distinctions de langue ni de culture.

Stanislavsky nous a transmis les principes les plus importants de notre art. Et surtout nous a révélé que ces principes appartiennent à la propre nature de l’être humain. Il disait : « Il nous faut une technique interne qui nous mène vers la création artistique consciente. Se laisser aller à la secousse de la première émotion qui nous envahie et la prendre comme de la vrai inspiration est lamentable. Le comédien doit être capable de vivre une intense vie intérieure qui est le fruit d’une élaboration complexe s’il veut transmettre au spectateur une vraie émotion scénique « 

Javier Cruz

Javier Cruz met en scène L’assemblée de femmes d’Aristophane

La technique de l’action physique

Une ACTION c’est ce que FAIT le personnage consciemment et volontairement dans un BUT PRÉCIS et qui rencontre une réponse (RÉACTION) complètement INATTENDUE de l’autre personnage.

Exemple simple (extrait du dernier film avec Javier Bardem « le bon patron ») : un ouvrier manifeste depuis quelques jours aux portes de l’usine dont il a été licencié pour contester son licenciement qu’il trouve injuste. Il dort dans sa voiture et lance des messages « révolutionnaires » avec un mégaphone. Le patron n’aime pas cette attitude qui le nuit. Il rend visite à cet ouvrier, il MARCHE vers lui très décontracté, SOURIANT, il lui TEND LA MAIN et lui PARLE très TRANQUILLE, très AIMABLE, PATERNALISTE lui demande ce qu’il veut, combien d’argent il veut et lui promet d’être réintégré dans le poste qu’il désire en échange qu’il s’engage à arrêter son cirque (BUT PRÉCIS qui veut le patron). Tout ce qu’il FAIT le patron, les gestes, les mouvements, la manière de parler etc. sont « alimentés » par une MOTIVATION interne (le but). Tout cet ensemble est une ACTION. L’action a une enveloppe émotionnelle. Mais cette enveloppe ne doit pas être forcé (ou pompé dans l’argot théâtral) par le comédien sous peine d’être faux et pas crédible. L’ouvrier ne va pas RÉAGIR comme le patron l’à prévu mais avec violence et en refusant l’offre du patron avec des insultes et de menaces. Ce qui est INATTENDU pour le patron, créant ainsi un conflit (qui est la base du théâtre, cinéma, roman, bande dessiné, ballet, opéra etc. c’est à dire toutes les ouvres dramatiques, pas dans le sens triste mais dans le sens « action ». Une comédie est aussi, dans ce sens, une ouvre dramatique).

« Les expériences en neurosciences qui ont été faites à l’Université de Parme en Italie, sur le comportement du public face aux comédiens ou comédiennes qui utilisent la méthode de l’action physique, sont sans appel et valident amplement cette méthode initié par Stanislavsky et développé par ses disciples ».

Javier Cruz

L’instrument du comédien/enne

Le comédien travaille avec lui-même, avec sa tête, son corps et son cœur. C’est-à-dire avec sa propre personnalité, si vous voulez.

Nous sommes donc notre propre instrument expressif à la différence d’un musicien, peintre, sculpteur… dont leurs instruments d’expression se trouvent à l’extérieur d’eux-mêmes.

Mais cet instrument il faut l’affiner, le polir, le débarrasser des petits blocages (la peur d’être regardé, de ne pas y arriver, d’être « nul »…) des petites barrières qui empêchent la confiance et l’expression. L’objectif c’est d’apprendre à nous utiliser nous-mêmes pour nous exprimer comme une unité, comme un ensemble cohérent.

Jouer un personnage ce n’est pas réciter un texte en faisant semblant de vivre « intensément » une « émotion ». Bien sûr on peut se contenter de ça. Comme on peut se contenter de jouer du sifflet et de se dire qu’on est musicien.

Jouer d’un personnage c’est créer son âme : ses perceptions, sensations, pensées, émotions, gestes, mouvements, d’une manière fluide et instable. Les mots que l’auteur écrit viennent de ce monde intérieur qu’il faut savoir créer si notre but est d’être réel. Notre art est une fiction qui est vrai.

Javier Cruz